Neon - Everything Is Going to be alright - viktor-forgacs

De très bons scores sont annoncés pour les écologistes. Mais il faut aussi se souvenir du passé…

Après les succès aux premiers tours des élections municipales, nombre de grandes villes sont annoncées comme pouvant basculer dans l’escarcelle des écologistes. Je ne saurai que m’en réjouir si cela advenait, moi qui est toujours pensé que l’écologie était la pensée politique du 21e siècle.

Mais la force de l’inertie de la société, conjuguée aux campagnes menées par quelques corps constitués qui ne veulent surtout pas que l’écologie arrive au pouvoir, pourrait créer quelques -mauvaises- surprises.

A Lyon, par exemple, quel sera l’effet de l’alliance inédite entre Collomb, ex PS passé à LREM pour finir fusionné avec la liste de droite (et pas n’importe laquelle, vu que Charles Millon et ses héritiers sont de la partie, eux qui furent alliés au Front national en 1998) conjuguée à une campagne des milieux économiques, expliquant que “Les écologistes, c’est la décroissance et la misère.? L’exemple de Grenoble est extrêmement parlant même si Éric Piolle a eu une quasi-victoire au premier tour. Mais les votants et les instances économiques n’ont pas les mêmes préoccupations” (ben, tu m’étonnes, les premiers se préoccupent de leurs vies, les seconds de gagner de l’argent) ?

“Les écologistes, c’est la décroissance et la misère”, selon un patron lyonnais, qui va jusqu’à les comparer à Hitler…

Autres exemples : à Marseille, quel sera le poids des deux listes minoritaires, présentes uniquement dans certains arrondissements, mais pouvant faire basculer la mairie d’un côté ou de l’autre ? A Toulouse, quel sera le poids de la peur du changement dans le choix de voter pour la liste écolo alternative ou pour le conservateur donc rassurant Moudenc ? A Lille, l’appel à voter Aubry, maire depuis des décennies, de la part de caciques de droite aura-t-il un effet ? A Strasbourg, l’effet Trautmann, du nom de la Maire de 1989 à 1994, aura-t-il le dessus sur la jeunesse, toute relative, de la candidate écologiste Jeanne Barseghian ?

La société est-elle prête, au delà de ses déclarations d’intentions de vote ?

Et puis, la société est-elle prête, au delà de ses déclarations d’intentions de vote dans les sondages ? C’est ce que chaque candidat croit dès lors qu’il est en campagne. Et donc, nous qui les supportons avons un gros biais de confirmation, puisque partout nous lisons que les écologistes sont très bien reçus, que les gens disent qu’ils vont voter pour eux, etc. Et puis, EELV est le parti le plus apprécié des Français ! Alors ?

Alors, en 1977, Brice Lalonde menait une liste écologiste lors des élections municipales à Paris. Écoutez son discours : tout ce qu’il disait reste valable… Et est repris par d’autres, désormais. Comme son idée du « pouvoir de vivre » qu’il préférait au « pouvoir d’achat ». Il disait aussi qu’il était confiant, qu’il constatait la prise de conscience écolo. Résultat, il obtint 10,1% des voix…

Un très beau résultat, vu la jeunesse du mouvement écolo, apparu en 1973. Un résultat obtenu notamment grâce à une splendide affiche dessinée par le candidat lui-même ! Et grâce à diverses contestations environnementales, dont celle contre le projet de voie express Vercingétorix, entre la Porte de Vanves et Montparnasse, heureusement abandonnée par la suite sous la pression des écologistes.

Fait notable : son électorat était plutôt dans les beaux quartiers de droite et peu là où les écolos sont très forts aujourd’hui. Il y a toujours un résidu d’environ 10% de cet électorat de droite dans les voix récoltées par les écologistes lors des élections municipales (1). Ce qui pourrait justement aider les écolos à rafler ces municipalités, grâce à un report de voix existant mais que personne ne veut voir. Il faut aussi se souvenir qu’en mai 2019 (13,47% des suffrages), le mouvement vert a également été défini dans ce contexte, comme « Parti préféré des Jeunes », avec 28% des votes chez les 25-35 ans. Vu l’enjeu, peut-être iront-ils voter plus nombreux qu’au premier tour ?

Si Marseille, Toulouse, Lille, Strasbourg et quelques autres villes ne basculent pas, il sera toujours temps de se réjouir que les résultats des écologistes progressent sans cesse !

1977 – 2020 : devra-t-on encore attendre longtemps pour que les mots écologistes soient mis en actes dans de nombreuses villes ? Rendez-vous le 28 au soir pour le savoir ! Mais si Marseille, Toulouse, Lille, Strasbourg et quelques autres villes ne basculent pas, il sera toujours temps de se réjouir que les résultats des écologistes progressent sans cesse, d’élection en élection. Même si la déception qui se lira sur les visages, dont le mien, sera à la hauteur des résultats : grande !

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(1) voir par exemple ce rapport de l’IFOP

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