Décroître pour réinventer notre société

Le débat fait rage, entre celles et ceux qui sont restés bloqués aux indicateurs du XXè siècle, et celles et ceux qui tentent d’inventer le futur. Au centre des débats, la notion de croissance.

Certains rêvent qu’elle reparte comme avant. Comme s’il n’y avait eu aucune alerte de santé environnementale avec la Covid. Sans tenir compte du fait que les confinements de 2020 et 2021 avaient modifié profondément notre société et ses attentes. Comme si personne n’avait noté que les pollutions et une part des gaspillages énergétiques avaient, enfin, très largement diminué lorsque nous avons dû arrêter de courir dans tous les sens pendant plusieurs mois.

D’autres, dont je suis, s’interroge et voient que la décroissance est une piste de réflexion. Et que nous en avons de nombreux exemples autour de nous. C’est ce que j’ai tenté de montrer lors de mon intervention au Conseil municipal du Mans du 9 décembre 2021, au cours d’un débat sur l’orientation budgétaire.

Photo par Victor Forgacs

Voici les propos que j’ai tenus :

« M. le Maire, Cher.e.s collègues,

Je m’adresse à vous, en particulier, monsieur le Maire. Vous rêvez d’une croissance qui se perpétue. Vous l’appelez sûre. Mais je ne vois pas ce qui vous fait rêver dans une société dont le principal indicateur économique est fondé sur des éléments comme la taille des télés dont on équipe les restaurants, pour regarder BFM TV sans le son, comme si on ne vivrait pas mieux sans une image qui vient nous déconcentrer alors que nous sommes avec des amis.

M. le Maire, vous expliquez que vous êtes contre la décroissance, mais notre ville a sponsorisé une gratiferia, qui est l’exemple même de la décroissance : la réutilisation de tout et du n’importe quoi, de ce qui traîne dans les placards et qu’on n’utilise plus, et que l’on peut donner à d’autres, qui s’en réjouiront. La gratuité totale, aucune valeur économique créée, juste le bonheur du don et du contredon.

Vous rêvez d’une société basée sur la croissance. Et en fin connaisseur du monde de la culture que vous êtes, vous avez probablement remarqué que cette croissance se retrouve dans les quantités de décibels que l’on envoie dans les oreilles des spectateurs de concerts, et dans la taille des camions qui transportent les enceintes gigantesques nécessaires pour ce faire.

A l’inverse, nous avons en Sarthe l’un des meilleurs concerts qu’il m’ait été donné de voir depuis dix ans, Oniri 2070, d’Organic Orchestra, qui assure son spectacle pour l’équivalent d’un kwh seulement. Et qui fait toute sa tournée à vélo. C’est de la décroissance, mais c’est tellement créatif, tellement riche, tellement beau à la fois que ça vaut peut-être la peine de réfléchir à cela.

Dernier exemple pour aujourd’hui, puisque nous sommes réunis au conseil municipal, parlons des pratiques de la ville. Tous les ordinateurs de la mairie et de la métropole sont équipés de logiciels payants (et propriétaires), achetés fort cher à une société américaine qui pratique par ailleurs l’évasion fiscale, alors qu’il existe des équivalents en logiciels libres, donc sans licences, et qui feraient travailler des informaticiens locaux si nous les utilisions.

Autant d’exemples de pistes pour à la fois faire des économies budgétaires et à la fois montrer que la décroissance, ce n’est pas l’inégalité sociale, mais bien une société qui se réinvente, en accord avec les obligations climatiques auxquelles nous devons faire face. Et ces économies permettraient également de consacrer plus d’argent à la lutte contre les inégalités sociales.

Je vous remercie pour votre écoute ».